Impôts en Hongrie : le guide complet de la fiscalité des sociétés et des dirigeants

Les impôts en Hongrie reposent sur un paradoxe assumé : un impôt sur les sociétés à 9 %, le plus bas de l’Union européenne, mais aussi la TVA la plus élevée du continent à 27 %. Pour quiconque envisage d’y installer une activité, comprendre cette mécanique – taux, assiettes, échéances, devise – n’est pas un détail, c’est le cœur de la décision. Cet article détaille la fiscalité hongroise telle qu’elle s’applique en 2026, en forint et non en euro, et termine sur un point devenu sensible : l’imposition d’un dirigeant resté résident fiscal en France.

Quartier d'affaires moderne de Budapest au coucher du soleil

Pourquoi parle-t-on autant des impôts en Hongrie ?

La Hongrie est membre de l’Union européenne depuis le 1ᵉʳ mai 2004 et de l’espace Schengen depuis décembre 2007, mais elle a conservé sa monnaie : le forint (HUF). Aucun seuil, aucun capital, aucune échéance fiscale ne se compte ici en euros. Pour fixer les ordres de grandeur, on retient un repère simple : 1 € vaut environ 400 HUF (le cours EUR/HUF a oscillé entre 409 et 422 en 2025). Tous les montants ci-dessous sont donnés en forint, avec leur équivalent en euros à titre indicatif.

Cette appartenance à l’UE a une conséquence directe sur la fiscalité : la Hongrie applique les normes d’échange automatique d’informations (CRS et la directive DAC). Autrement dit, ce n’est pas un paradis fiscal opaque, mais une juridiction transparente à très faible imposition sur les bénéfices. La nuance compte, et nous y reviendrons. Si vous cherchez d’abord à comprendre comment créer une société en Hongrie avant d’entrer dans le détail fiscal, le parcours administratif fait l’objet d’une page dédiée.

L’impôt sur les sociétés : 9 %, le plus bas de l’UE

Le pivot de la fiscalité hongroise, c’est l’impôt sur les sociétés (társasági adó). Son taux est unique : 9 %, sans tranche ni progressivité. Il est entré en vigueur en 2017 et n’a pas bougé depuis, y compris pour 2026. Aucun autre État membre de l’Union ne descend aussi bas – l’Irlande, souvent citée comme référence, est à 12,5 %.

Concrètement, une Kft. (l’équivalent de la SARL, et la forme dominante) qui dégage 100 000 € de bénéfice imposable acquitte 9 000 € d’IS. Ce taux s’applique de la même manière qu’on réalise un bénéfice modeste ou important. C’est ce chiffre, plus que tout autre, qui explique l’attractivité du pays auprès des holdings et des structures de e-commerce. Pour comparer les enveloppes juridiques disponibles, la page consacrée aux types de sociétés en Hongrie précise les capitaux minimaux exigés selon la forme retenue.

Au-delà de l’IS : HIPA, innovation et impôt minimum mondial

Réduire les impôts en Hongrie au seul taux de 9 % serait une erreur de débutant. Plusieurs prélèvements s’y ajoutent.

La **taxe professionnelle locale (HIPA, iparűzési adó)** est fixée par chaque commune dans une limite de 2 % du chiffre d’affaires net. Son assiette n’est pas le bénéfice mais le CA, diminué du coût des marchandises vendues, de la sous-traitance, des matières premières et des dépenses de R&D. Elle est déductible de l’IS, ce qui atténue son poids réel. À Budapest, le taux plein est appliqué ; ailleurs, certaines communes pratiquent des taux réduits pour attirer les entreprises.

La contribution à l’innovation, d’environ 0,3 %, frappe les moyennes et grandes entreprises sur des bases proches de celles de la HIPA. Les petites structures en sont dispensées.

Enfin, depuis le 1ᵉʳ janvier 2024, la Hongrie applique l’impôt minimum mondial (Pilier 2 / GloBE) : un impôt complémentaire national qualifié (QDMTT) et la règle d’inclusion des revenus (IIR) sont en vigueur depuis cette date, la règle des paiements sous-imposés (UTPR) depuis le 1ᵉʳ janvier 2025. Ce dispositif ne vise que les groupes réalisant plus de 750 M€ de chiffre d’affaires consolidé : la grande majorité des PME n’est pas concernée. Bon à savoir, la HIPA et la contribution innovation sont reconnues comme des « impôts couverts » dans ce calcul, ce qui limite le rattrapage d’imposition.

La TVA hongroise (ÁFA) : 27 %, mais avec des nuances

Si l’IS est le point fort, la TVA (általános forgalmi adó, ÁFA) est le point de vigilance. Son taux standard de 27 % est le plus élevé de toute l’Union européenne. Pour une entreprise dont les clients sont des particuliers hongrois, c’est un facteur de prix non négligeable.

Deux taux réduits existent : 18 % (certains produits laitiers, produits de boulangerie, accès à des événements) et 5 % (médicaments, livres, certains logements neufs, internet sous conditions). Les livraisons intracommunautaires et les exportations bénéficient du taux de 0 %, comme partout dans l’UE.

Un mécanisme allège la charge des plus petites structures : la franchise en base de TVA (alanyi adómentesség). Le seuil de chiffre d’affaires en dessous duquel une entreprise peut s’en dispenser était de 18 millions HUF en 2025, il passe à 20 millions HUF en 2026 (environ 50 000 €), puis montera à 22 millions en 2027 et 24 millions en 2028. En deçà, l’entreprise ne facture pas de TVA mais ne la récupère pas non plus sur ses achats – un arbitrage à faire selon la nature de l’activité.

Bureau d'un comptable avec documents, calculatrice et ordinateur portable

Le tableau récapitulatif des principaux impôts

Voici une synthèse des prélèvements qui pèsent sur une société hongroise. Les montants en euros sont indicatifs, sur la base de 1 € ≈ 400 HUF.

ImpôtTauxAssietteÀ noter
IS (társasági adó)9 %Bénéfice imposableTaux unique, le plus bas de l’UE depuis 2017
HIPA (taxe locale)jusqu’à 2 %CA net (après COGS, sous-traitance, matières, R&D)Fixée par la commune, déductible de l’IS
Contribution innovation~0,3 %Bases proches de la HIPAMoyennes et grandes entreprises seulement
TVA (ÁFA)27 % / 18 % / 5 % / 0 %Valeur ajoutéeStandard le plus élevé de l’UE ; franchise jusqu’à 20 M HUF en 2026
WHT dividendes (vers société)0 %Dividendes distribuésAucune retenue à la source aux personnes morales
Pilier 2 (GloBE)impôt complémentaireBénéfices des grands groupesGroupes > 750 M€ de CA, depuis 2024

Régimes alternatifs : KIVA et le cas KATA

À côté du régime classique IS + HIPA, la Hongrie propose des régimes simplifiés.

Le KIVA (kisvállalati adó, petit impôt des sociétés) s’élève à 10 % et remplace à la fois l’IS et une partie des charges sociales. Son assiette n’est pas le bénéfice comptable classique : elle combine les dividendes distribués, la variation de capital et les charges de personnel. Pour une petite société employant du personnel et réinvestissant ses bénéfices, le KIVA peut s’avérer plus avantageux que le régime de droit commun. C’est un calcul à mener au cas par cas avec un comptable.

Le KATA mérite une mention pour éviter les malentendus. Très populaire avant 2022, ce forfait a été profondément réformé au 1ᵉʳ septembre 2022 : il est désormais réservé aux entrepreneurs individuels qui facturent des particuliers, et il leur est interdit de facturer des sociétés. Pour une activité B2B, le KATA est tout simplement inutilisable. Beaucoup de contenus en ligne datant d’avant la réforme continuent de le présenter comme une solution : c’est obsolète.

Le traitement des dividendes

La distribution des bénéfices obéit à une règle qui surprend souvent. Lorsque les dividendes sont versés à une société, qu’elle soit hongroise ou étrangère, la Hongrie n’applique aucune retenue à la source : 0 %. C’est l’un des atouts majeurs pour structurer une holding.

En revanche, lorsque les dividendes sont versés à une personne physique, ils sont soumis à l’impôt sur le revenu (SZJA) au taux de 15 %, auquel s’ajoute une contribution sociale (szocho) de 13 %, cette dernière étant plafonnée à un montant annuel. Cette distinction entre bénéficiaire personne morale et personne physique est déterminante – et, on le verra, elle prend un relief particulier pour un résident français.

Charges sociales et impôt sur le revenu

Les salaires versés en Hongrie supportent un impôt sur le revenu (SZJA) à taux unique de 15 %, là encore sans progressivité. Côté cotisations, le salarié acquitte une contribution sociale globale autour de 18,5 % et l’employeur la contribution sociale (szocho) de 13 %. Le système reste lisible, ce qui facilite l’estimation du coût d’un poste.

La gestion déclarative passe par l’administration fiscale nationale, la NAV (Nemzeti Adó- és Vámhivatal). Les déclarations sont électroniques, les échéances mensuelles ou trimestrielles selon le prélèvement, et l’intervention d’un expert-comptable hongrois est en pratique indispensable. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’optimisation, même prudente, ne s’improvise pas sans accompagnement local. Pour situer ce cadre fiscal dans un contexte plus large, la page sur l’économie de la Hongrie éclaire les dynamiques de croissance et d’inflation qui influencent ces décisions.

Imposition du dirigeant resté résident fiscal français : un point désormais critique

Voici l’élément que beaucoup d’articles oublient ou minimisent. La convention fiscale entre la France et la Hongrie, signée le 28 avril 1980 et en vigueur depuis le 1ᵉʳ décembre 1981, n’existe plus. La France l’a d’abord suspendue du 5 mars 2024 au 31 décembre 2024, puis dénoncée avec effet au 1ᵉʳ janvier 2025, dans un contexte de blocage hongrois sur la taxe minimale mondiale. À la mi-2026, aucune nouvelle convention n’a été signée. Il n’existe donc plus aucun accord bilatéral en vigueur pour éliminer la double imposition entre les deux pays.

Les conséquences sont concrètes et il faut les regarder en face. Sans convention, il n’y a plus de mécanisme conventionnel pour éviter la double imposition ni pour plafonner les retenues à la source. Un dirigeant qui demeure résident fiscal en France reste imposable en France sur l’ensemble de son revenu mondial – y compris les dividendes versés par sa société hongroise – potentiellement soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 %, sans garantie d’obtenir un crédit d’impôt conventionnel. Le risque de double imposition n’est donc plus théorique.

À cela s’ajoutent les dispositifs anti-évasion du droit français. L’article 209 B du Code général des impôts permet d’imposer en France les bénéfices d’une société étrangère contrôlée soumise à un régime fiscal privilégié : un IS à 9 % peut précisément entrer dans ce champ. L’article 123 bis du CGI vise, lui, les personnes physiques détenant des structures à l’étranger faiblement imposées. Dans les deux cas, c’est la substance réelle de l’activité hongroise – bureaux, personnel, décisions prises sur place – et la déclaration correcte des revenus en France qui sont déterminantes.

Que retenir ? Installer une société en Hongrie peut avoir un sens économique solide, notamment pour une activité réellement opérée depuis le pays. Mais pour un dirigeant qui garde son foyer en France, ce n’est plus une simple affaire de taux : c’est un arbitrage à construire avec un conseil fiscal des deux côtés, en transparence totale, jamais comme un montage destiné à échapper à l’impôt. La Hongrie étant dans l’UE, les informations circulent automatiquement entre administrations (CRS, DAC) : l’opacité n’est pas une option.

Questions fréquentes

Quel est le taux d’impôt sur les sociétés en Hongrie ?

L’impôt sur les sociétés hongrois (társasági adó) est de 9 %, à taux unique. C’est le taux le plus bas de toute l’Union européenne, en vigueur depuis 2017 et inchangé en 2026. Il s’applique de la même façon quel que soit le niveau de bénéfice.

La Hongrie est-elle un paradis fiscal ?

Non, au sens technique. Membre de l’UE, elle applique l’échange automatique d’informations (CRS et directive DAC), ce qui exclut l’opacité caractéristique des paradis fiscaux. On la qualifie plutôt de juridiction transparente à très faible imposition sur les bénéfices, en raison de son IS à 9 %.

Y a-t-il une convention fiscale entre la France et la Hongrie ?

Non, plus depuis le 1ᵉʳ janvier 2025. La France a dénoncé la convention de 1980 (après l’avoir suspendue en 2024), et aucune nouvelle convention n’a été signée à la mi-2026. Cela supprime le mécanisme conventionnel d’élimination de la double imposition et expose à un risque concret de double imposition pour les résidents français.

Comment sont imposés les dividendes d’une société hongroise ?

Cela dépend du bénéficiaire. Versés à une société (hongroise ou étrangère), les dividendes ne subissent aucune retenue à la source : 0 %. Versés à une personne physique, ils sont soumis à l’impôt sur le revenu (SZJA) de 15 % plus une contribution sociale (szocho) de 13 % plafonnée.

Quel est le taux de TVA en Hongrie ?

Le taux standard de TVA (ÁFA) est de 27 %, le plus élevé de l’Union européenne. Il existe des taux réduits de 18 % et 5 %, ainsi qu’une franchise en base pour les entreprises sous un seuil de chiffre d’affaires fixé à 20 millions HUF (environ 50 000 €) en 2026.

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